Présentation
 

À compter du 13 septembre 2021, les articles doivent impérativement être soumis en ligne via la plateforme Manuscript Manager :


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Appel à contributions
Numéro spécial

« Cancer et génomique »
Coordination scientifique :
Sylvain Besle
(Université Claude Bernard Lyon 1, Centre Léon Bérard)
Pascal Ragouet
(Université de Bordeaux, Centre Émile Durkheim)

Avec près de 450 000 nouveaux cas et 150 000 décès par an en France, le cancer reste un fléau social d’ampleur animant une importante communauté médicale et scientifique. L’histoire de la lutte contre le cancer est rythmée par les innovations (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie) qui ont façonné l’organisation des soins, notamment avec la création de centres spécialisés dans la lutte contre le cancer (Centre de lutte contre le cancer). Depuis une vingtaine d’années, la recherche de nouveaux traitements connaît un renouveau autour de la génomique. À la fois outil de prévention, de diagnostic et de traitement, les technologies de séquençage permettant d’identifier et de cartographier l’ADN des cellules sont considérées comme un instrument potentiellement majeur dans la prise en charge future de cette maladie. Ces technologies et les traitements qui les accompagnent sont donc associés à d’importantes promesses portées à la fois par les professionnels de santé, les pouvoirs publics et les représentants de patients. Dans la lignée d’initiatives internationales (notamment le programme Genomic England), la France s’est dotée d’un programme de développement de la médecine génomique (Plan France médecine génomique 2025), dans lequel le cancer occupe une place prépondérante et dont l’objectif est de permettre l’accès au séquençage à l’échelle nationale.

Cet appel à contributions vise à explorer les enjeux empiriques et théoriques du développement de la médecine génomique dans le domaine de la cancérologie. En effet, loin de renvoyer à une technologie clairement délimitée, la médecine génomique s’appuie sur une large gamme d’outils en constante évolution : type de séquençage, modalités d’analyse bio-informatique, ingénierie génétique, etc. Ce foisonnement implique ainsi des configurations variées et parfois inédites de relations entre science, industrie, pouvoirs publics et médecine qu’il convient de documenter via des études empiriques précises. D’un point de vue théorique, la génomique pose des questions épistémologiques de première importance autour de la compréhension même des processus de cancérisation (cancérogénèse) et donc des enjeux sociaux et éthiques qui leurs sont associés : gestion de la procréation, impact de l’environnement et des habitudes de vie, médicalisation en amont et en aval de la maladie ou encore de la famille (risques héréditaires). Mais le développement de ces techniques de génomique pose également la question des relations entre la sociologie de la santé et la sociologie des sciences. En effet, le déploiement du séquençage à large échelle via le Plan France médecine génomique 2025, officiellement présenté comme un plan de soin, interroge la configuration des frontières juridiques, éthiques, organisationnelles, professionnelles entre les pratiques de recherche et de soin. À ce titre, les tensions d’échelle qui apparaissent dans le rapprochement des activités de recherche et de soin nous semblent devoir faire l’objet d’une attention particulière. D’un côté, l’activité de soin est par définition située : dans le corps du patient, dans la relation médecin-patient, dans un contexte hospitalier ou encore dans des politiques de santé publique nationales. De l’autre, la recherche, en particulier dans le domaine biomédical, s’internationalise : publications anglophones, compétition internationale pour l’obtention de fonds de recherche, systématisation d’expériences de recherche à l’étranger, importance d’acteurs internationaux (groupes pharmaceutiques, sociétés savantes). Dans ce contexte, un regard croisé entre les enjeux de soin et de recherche nous semble essentiel pour étudier les conditions de développement de la médecine génomique.

Sans être limitants, quatre axes de questionnement nous semblent mériter une attention particulière :

1) Changements de paradigme et recherche en cancérologie. Il s’agira d’explorer les transformations théoriques et techniques qui traversent le domaine de la cancérologie, que ce soit en recherche fondamentale ou clinique. Les explications de l’apparition des cancers sont nombreuses. Aujourd’hui, l’approche génomique semble prévalente, mais il existe d’autres angles d’attaque ; ainsi des études portent plutôt sur le métabolisme, sur le microenvironnement tumoral et d’autres encore s’inscrivent dans le cadre nouveau de l’exposome. Une attention particulière sera donnée au rôle des instruments (séquenceurs, outils d’édition de l’ADN) dans ces processus de transformation. Les reconfigurations entre sciences et sociétés sont également essentielles à considérer, et notamment les formes de réappropriation des connaissances génomiques par les patients et leurs proches.

2) Rapport entre sciences, santé et industrie. L’organisation de la production des médicaments – autour de grands groupes pharmaceutiques internationaux spécialisés dans la chimie – et de la mise au point d’instruments (techniques de séquençage, micro-fluidique, imagerie) a profondément évolué avec la génomique, notamment avec le développement d’une myriade d’entreprises (biotechnologies, intelligence artificielle), parfois directement issues du monde académique. Mais ce sont également de nouvelles formes de collaborations qui s’établissent, comme par exemple dans la conduite des essais cliniques de génomique associant industriels, hôpitaux et institutions publiques. Des associations de patients ou de familles peuvent également jouer un rôle d’intermédiaire et de négociateur entre ces différentes sphères, comme le montre l’exemple de la cancérologie pédiatrique (financement d’essais cliniques, organisation de « forum hybrides » regroupant des acteurs issus de groupes hétérogènes).

3) Rôle des données. L’importance des données (sociales, de qualité de vie, de santé, omiques) pour la recherche et le soin ne fait aujourd’hui plus aucun doute. Pour autant, leur recueil, stockage, analyse mais aussi le cadre juridique qui les entoure soulèvent de nombreuses questions. Ceci est particulièrement important en génomique où les quantités de données produites peuvent être extrêmement importantes (plusieurs gigaoctets de données par patient). Si de grands programmes nationaux visant à harmoniser les pratiques existent (par exemple le Health Data Hub en France), la temporalité de ces politiques publiques n’est pas toujours en accord avec les pratiques quotidiennes de soin et de recherche. Ces dernières doivent alors s’adapter en fonction des moyens disponibles localement, entrainant une variété de pratiques qui méritent d’être étudiées. La réappropriation de ces données par les patients pose également de nombreuses questions en raison du caractère identifiant des données génomiques, mais aussi pour des raisons médicales qui peuvent dépasser le strict cadre individuel comme, par exemple, l’identification de risques génétiques familiaux. L’intérêt stratégique de ces données pour d’autres acteurs, privés (assurances) ou public (hôpitaux), soulève également de nombreux enjeux qu’il s’agit de documenter.

4) Accès aux innovations et inégalités sociales de santé. Le rôle de la recherche clinique dans le soin ne semble plus se limiter à une forme de « palliatif encore thérapeutique » (Bazanger, 2000), l’inclusion dans des essais pouvant ainsi devenir la norme, comme dans le cas des cancers rares. Mais cette situation n’est pas sans conséquences sur la production des inégalités sociales de santé, notamment en raison de la disponibilité limitée des essais en termes de nombre de places et de lieux où ils sont réalisés. Ici la génomique joue un rôle d’amplificateur potentiel des enjeux d’accès en démultipliant le nombre de stratégies thérapeutiques (actuellement, il y a plus de 1 600 molécules testées en cancérologie) mais également en subdivisant le nombre de cancers différents (on distingue par exemple les cancers du sein « triple négatif » des « BRCA muté »). Les enjeux d’identification et de sélection des patients deviennent donc centraux dans la mise en place de la médecine génomique. S’il existe des volontés politiques et institutionnelles de faire circuler les patients à l’échelle nationale, voire européenne, pour donner accès à ces traitements innovants, cela n’est pas sans difficultés en termes d’organisation. On s’intéressera également aux nouvelles formes d’expériences de soin associées aux innovations biomédicales et aux ruptures thérapeutiques et biographiques qu’elles peuvent entraîner.

5) Les contributions prenant la forme d’une note critique consacrée à quelques ouvrages récents et importants étroitement liés à la thématique générale du numéro spécial.


RÉFÉRENCES

AUDÉTAT M. (dir.), 2015, Sciences et technologies émergentes : pourquoi tant de promesses ? Paris, Hermann.
BEAUDEVIN C., PEERBAYE A., BOURGAIN C., 2019, « ‘It Has to Become True Genetics’ Tumour Genetics and the Division of Diagnostic Labour in the Clinic », Sociology of Health & Illness, 41, 4, p. 643-657.
CAPP J.-P., 2012, Nouveau regard sur le cancer. Pour une révolution des traitements, Paris, Belin.
CHIN-YEE B., UPSHUR R., 2019, « Three Problems with Big Data and Artificial Intelligence in Medicine », Perspectives in Biology and Medicine, 62, p. 237-256.
CHRISTOFFERSON T., 2017, Tripping over the Truth. How the Metabolic Theory of Cancer is Overtuning One of Medicine’s Most Entrenched Paradigms, London, Chelsea Green Publishing.
DERBEZ B., 2018, « Entre essai clinique et soins palliatifs : travail de démarcation et d’appariement en oncologie », Sociologie du travail [En ligne], 60, 2 | Avril-Juin :
http://journals.openedition.org/sdt/2026 ; DOI : https://doi.org/10.4000/sdt.2026.
GOODMAN K. W., 2015, Ethics, Medicine, and Information Technology : Intelligent Machines and the Transformation of Health Care, Cambridge, Cambridge University Press.
GUCHET X., 2016, La médecine personnalisée. Un essai philosophique, Paris, Les Belles lettres.
KEATING P., CAMBROSIO A., 2012, Cancer on Trial. Oncology as a New Style of Practice, Chicago, The University of Chicago Press.
KERR A., CHEKAR C. K., ROSS E., SWALLOW J.,CUNNINGHAM-BURLEY S., 2021, Personalised Cancer Medicine : Future Crafting in the Genomic Era, Manchester, Manchester University Press.
KERR A., ROSS E., JACQUES G., CUNNINGHAM-BURLEY S, 2018, « The Sociology of Cancer : A Decade of Research », Sociology of Health & Illness, 40, 3, p. 552-576.
KITCHIN R., 2014, « Big Data, New Epistemologies and Paradigm Shifts », Big Data & Society, 1, p. 1-12.
NELSON N., KEATING P., CAMBROSIO A., 2013, « On Being “actionable” : Clinical Sequencing and the Emerging Contours of a Regime of Genomic Medicine in Oncology », New Genetic and Society, 32, 4, p. 405-428.
PINELL P., 2009, « La genèse du champ médical : le cas de la France (1795-1870) », Revue française de sociologie, 50, 2, p. 315-349.
PINELL P., 1992, Naissance d’un fléau. Histoire de la lutte contre le cancer en France (1890-1940), Paris, Métailié.
SHAPIRO C. L., 2018, « Cancer Survivorship », The New England Journal of Medicine, 379, p. 2438-2450.
TEMPINI N., LEONELLI S., 2021, « Actionable Data for Precision Oncology : Framing Trustworthy Evidence for Exploratory Research and Clinical Diagnostics », Social Science & Medicine, 272 :
https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2021.113760


Les propositions de contribution (min. 500 mots-max. 1 500 mots), en français ou en anglais, devront décrire de manière synthétique les quatre éléments suivants : 1) Sujet abordé et état de la littérature pertinente pour le sujet traité ; 2) Matériau et méthodes ; 3) Résultats attendus ; 4) Courte bibliographie (max. 5 références). Toute proposition qui ne respecte pas ce format sera automatiquement rejetée.

Les propositions doivent être adressées avant le 30 novembre 2021 au secrétariat de rédaction (christelle.germain@cnrs.fr) ainsi qu’aux deux coordinateurs, Sylvain Besle (sylvain.besle@lyon.unicancer.fr) et Pascal Ragouet (pascal.ragouet@u-bordeaux.fr).

Elles feront l’objet d’un examen conjoint par les signataires de cet appel. La notification d’acceptation sera rendue aux auteurs au plus tard le 15 janvier 2022. Les auteurs et autrices dont la proposition a été retenue devront remettre leur texte, dont la longueur ne dépassera pas 75 000 signes (espaces, figures et tableaux compris), au plus tard le 1er mai 2022. Chaque article sera évalué, de manière anonyme, par le comité de lecture de la Revue.


Appel à contributions
Numéro spécial

« Milieux d’affaires et cercles dirigeants »

Coordination scientifique :
Catherine Comet (Clersé, Université de Lille)
Antoine Vion (CENS, Université de Nantes)
Mohamed Oubenal (CEAS, IRCAM)


Les relations des dirigeant·es économiques éclairent l’évolution de leurs cercles sociaux et des milieux d’affaires qu’ils ou elles structurent. Cet appel à contributions invite à interroger l’apport théorique et méthodologique d’une perspective relationnelle à la compréhension de l’organisation du capitalisme, de la dissolution ou non de son ancrage national et de l’éventuelle fragmentation ou reconfiguration des classes dominantes dans diverses régions du monde. Par perspective relationnelle, nous entendons, à la suite de Mustapha Emirbayer (1997), une démarche d’analyse dans laquelle les acteurs ne sont pas conçus comme des entités existant indépendamment des relations, mais au contraire comme des entités produites par les relations. Nous distinguons quatre axes principaux structurant cette sociologie des milieux d’affaires.
Un premier axe concerne la cohésion et le pouvoir politique des élites économiques. Une controverse oppose l’argument de la fracture à celui de la dominance de classe. Le premier camp défend l’idée que les élites économiques sont fracturées (Mizruchi, 2013). Après avoir gagné l’essentiel des combats politiques dans les années 1970-1980, elles ont perdu leur motivation à agir collectivement et ne disposent plus du dispositif des directions imbriquées (en anglais interlocking directorates ) pour se coordonner. Le second camp met au contraire en avant leurs nombreux dispositifs de coordination alternatifs aux directions imbriquées, que sont les liens de parenté, les clubs selects, les associations d’alumni et surtout les think tanks (Barnes, 2017 ; Domhoff, 2013). Quoi qu’il en soit, le déclin des participations croisées (ou directions imbriquées) remet en cause les pratiques et notions établies dans ce champ de recherche. Si le cumul de mandats n’est plus un bon indicateur de statut, à la suite des politiques de diversité en particulier, comment mesurer ce dernier ? Comment les quotas dans les instances de gouvernance modifient-ils les hiérarchies statutaires ? Par ailleurs, les trajectoires des femmes ou d’autres minorités se différencient-elles ? Ces questions renvoient plus largement à celles concernant le sujet de l’action collective. S’agit-il bien de l’élite économique ou plutôt de l’inner circle (Useem, 1984) ? Quelles en sont les frontières et comment identifier celles-ci empiriquement ? Enfin, la fragmentation de l’élite économique est-elle vraiment synonyme de démobilisation et de moindre efficacité de son action collective ?
Un deuxième axe interroge l’éventualité d’un changement d’échelle géographique et l’articulation des niveaux d’analyse. Dans une étude comparative et un bilan théorique des évolutions des milieux d’affaires, John Scott (1997) voit les classes capitalistes nationales se fragmenter, sans pour autant former une classe capitaliste transnationale (Sklair, 2001). Depuis, les controverses se sont déplacées de la question de l’ampleur et de la vitesse du phénomène de transnationalisation (Carroll et Fennema, 2002) à celle de sa mesure (Burris et Staples, 2012), donnant lieu à des travaux portant sur des échelles géographiques plus ou moins étendues. Val Burris et Clifford L. Staples suggèrent de mesurer la cohésion des élites économiques à partir des réseaux interindividuels plutôt qu’interorganisationnels, comme le font habituellement les chercheurs·ses. Mais qu’observe-t-on plus généralement quand on démêle les effets individuels des effets organisationnels au moyen de modèles multiniveaux (Snijders et Bosker, 2011) ? Que nous disent-ils de la diminution tendancielle des directions imbriquées ? En outre, comment rendre compte plus largement des changements structurels à partir d’analyses longitudinales ? Comment savoir si les bornages temporels et les intervalles de temps entre structures observées sont adaptés à l’objet étudié ? Comment construire des jeux de données probants qui tiennent compte des entrées-sorties des panels d’entreprises ?
Un troisième axe porte sur la signification et les enjeux des relations d’affaires. Les travaux pionniers sur la structure des relations dans les milieux d’affaires, aux États-Unis puis en Europe, se focalisaient sur les liens formels et plus précisément sur les directions imbriquées. Or ces dernières sont controversées tant du point de vue de leur signification exacte (Mizruchi, 1996), que de leur éventuelle insignifiance (Stinchcombe, 1990). Les premiers travaux sur les relations personnelles, à la suite de Maurice Zeitlin (Zeitlin, Ewen et Ratcliff, 1974), mettent au jour l’importance pour la structuration de certains milieux d’affaires de l’amitié (Kadushin, 1995) et, à partir d’études centrées sur l’Asie, des relations de parenté (Numazaki, 1986, 1996). L’enjeu de la signification des relations d’affaires pose de nombreuses questions toujours d’actualité. Le recueil des données sur les relations personnelles soulève notamment des difficultés. Comment y pallier ? Et comment articuler approches qualitatives et approches quantitatives ? Ces travaux appellent en outre des approches comparatives pour tester systématiquement les hypothèses qui en sont issues. Comment l’encastrement social des relations d’affaires varie-t-il selon les pays et en fonction de quels facteurs ? Les arènes dans lesquelles circulent les élites économiques permettent-elles de distinguer différentes catégories de pays ? Comment ces circulations évoluent-elles dans le temps ? Y a-t-il des trajectoires différentes selon les pays pour atteindre telle ou telle position de pouvoir ? Que signifient ces différentes trajectoires en termes d’accumulation ou de conversion de capitaux ou en termes de compétition entre groupes élitaires ?
Un quatrième axe questionne le travail d’influence des dirigeant·es. Quels en sont les canaux ? La politique discrète « faite dans les couloirs » (Culpepper, 2011) est l’objet de plus en plus de travaux. Certains mettent l’accent sur le rôle des think tanks dans la production des politiques publiques, d’autres sur des organisations internationales fédérant les grandes entreprises, telles que l’European Roundtable of Industrialists ou certains forums économiques. Comment les canaux d’influence évoluent-ils et se renouvellent-ils ? Comment se différencient-ils selon les factions de l’élite économique ? Dans cette lignée, des recherches ciblant des secteurs ou domaines spécifiques éclairent le travail de régulation de collèges invisibles. Comment ces processus sectoriels s’articulent-ils à l’action collective d’une éventuelle communauté des affaires ou élite économique ? D’autres travaux se sont intéressés au contrôle des médias (Arsenault et Castells, 2008 ; Doyle, 2013) et aux relations d’interdépendance entre les grandes entreprises et les journalistes économiques (Schlesinger, 1990). Ces relations contribuent-elles à l’action collective et à la cohésion d’une éventuelle « classe managériale » (Graeber, 2014) que formeraient les dirigeant·es des grandes bureaucraties ? Ces travaux mettent par ailleurs au jour des relations complexes de don-contre-don (Ferrary, 2003) et d’échange politique généralisé (Pizzorno, 1978). Au-delà du brouillage des frontières et des revolving doors, ces relations font émerger des structures économiques aux propriétés criminogènes (Mannle, 1995), constituant un défi pour les chercheurs·ses (Sutherland, 1945, 1949).

Avec cet appel, nous récusons l’idée que le délitement des interlocks sonne le glas des recherches sur les relations et les cercles des dirigeant·e.s. (Chu et Davis, 2016). Nous privilégierons les travaux empiriques qui croisent plusieurs des quatre axes et proposent des démarches théoriques et méthodologiques qui contribuent au renouvellement des approches par la combinaison originale de champs d’études ou de traditions d’analyse. Qu’elle articule ou non différentes échelles géographiques ou niveaux d’analyse ou qu’elle porte sur les milieux d’affaires d’un ou plusieurs pays ou aires régionales données, le plus important est que l’étude des dirigeant·es s’inscrive dans une perspective relationnelle, mettant l’accent sur les interdépendances entre acteurs. L’appel esquisse un certain nombre de pistes avec l’articulation des niveaux individuel et organisationnel d’analyse, le recours aux approches comparatives, la prise en compte de l’encastrement social des relations d’affaires et de la porosité des frontières sectorielles, etc. Elles ne sont bien entendu pas exclusives.

RÉFÉRENCES

Arsenault A. H., Castells M., 2008, « The Structure and Dynamics of Global Multi-Media Business Networks », International Journal of Communication, 2, p. 707-748.
Barnes R. C., 2017, « Structural Redundancy and Multiplicity Within Networks of US Corporate Directors », Critical Sociology, 43, 1, p. 37‑57.
Burris V., Staples C. L., 2012, « In Search of a Transnational Capitalist Class : Alternative Methods for Comparing Director Interlocks Within and Between Nations and Regions », International Journal of Comparative Sociology, 53, 4, p. 323‑342.
Carroll W. K., Fennema M., 2002, « Is There a Transnational Business Community ? », International Sociology, 17, 3, p. 393‑419.
Chu J. S. G., Davis G. F., 2016, « Who Killed the Inner Circle ? The Decline of the American Corporate Interlock Network », American Journal of Sociology, 122, 3, p. 714‑754.
Culpepper P. D., 2011, Quiet Politics and Business Power : Corporate Control in Europe and Japan, Cambridge, Cambridge University Press.
Domhoff G. W., 2013, Who Rules America ? The Triumph of the Corporate Rich, New York, McGraw-Hill Education.
Doyle G., 2013, Understanding Media Economics, Newcastle upon Tyne, Sage.
Emirbayer M., 1997, « Manifesto for a Relational Sociology », American Journal of Sociology, 103, 2, p. 281‑317.
Ferrary M., 2003, « The Gift Exchange in the Social Networks of Silicon Valley », California Management Review, 45, 4, p. 120‑138.
Graeber D., 2014, « Anthropology and the Rise of the Professional-Managerial Class », Hau : Journal of Ethnographic Theory, 4, 3, p. 73‑88.
Kadushin C., 1995, « Friendship Among the French Financial Elite », American Sociological Review, 60, 2, p. 202‑221.
Mannle H. W., 1995, « Organized Crime » dans F. N Magill. (ed.), International Encyclopedia of Sociology, London, Fitzroy Dearborn Publishers.
Mizruchi M. S., 1996, « What Do Interlocks Do ? An Analysis, Critique, and Assessment of Research on Interlocking Directorates », Annual Review of Sociology, 22, 1, p. 271‑298.
Mizruchi M. S., 2013, The Fracturing of the American Corporate Elite, Cambridge (MA), Harvard University Press.

Numazaki I., 1986, « Networks of Taiwanese Big Business : A Preliminary Analysis », Modern China, 12, 4, p. 487‑534.
Numazaki I., 1996, « The Role of Personal Networks in the Making of Taiwan’s Guanxiqiye (Related Enterprises) » dans G. G. Hamilton (ed.), Asian Business Networks, Berlin, de Gruyter, p. 71‑86.
Pizzorno A., 1978, « Political Exchange and Collective Identity in Industrial Conflict » dans A. Pizzorno (ed.), The Resurgence of Class Conflict in Western Europe Since 1968, London, Palgrave Macmillan, p. 277‑298.
Schlesinger P., 1990, « Rethinking the Sociology of Journalism : Source Strategies and the Limits of Media-Centrism », Public Communication : The New Imperatives, p. 61‑83.
Scott J., 1997, Corporate Business and Capitalist Classes, Oxford, Oxford University Press.
Sklair L., 2001, The Transnational Capitalist Class, Malden, Blackwell.
Snijders T. A., Bosker R. J., 2011, Multilevel Analysis : An Introduction to Basic and Advanced Multilevel Modeling, Newcastle upon Tyne, Sage.
Stinchcombe A. L., 1990, « Weak Structural Data. Review of “Intercorporate Relations : The Structural Analysis of Business. Edited by Mark S. Mizruchi, Michael Schwartz” », Contemporary Sociology, 19, 3, p. 380‑382.
Sutherland E. H., 1945, « Is “White Collar Crime” Crime ? », American Sociological Review, 10, 2, p. 132‑139.
Sutherland E. H., 1949, White Collar Crime, New York, The Dryden Press.
Useem M., 1984, The Inner Circle : Large Corporations and the Rise of Business Political Activity in the US and UK, New York, Oxford University Press.
Zeitlin M., Ewen L. A., Ratcliff R. E., 1974, « “New Princes” for Old ? The Large Corporation and the Capitalist Class in Chile », American Journal of Sociology, 80, 1, p. 87‑123.


Les propositions de contributions (min. 1 000 mots – max. 1 500 mots, bibliographie non incluse), en français ou en anglais, devront décrire de manière synthétique les quatre éléments suivants : 1) Sujet abordé et état de la littérature pertinente pour le sujet traité ; 2) Matériau et méthodes ; 3) Résultats attendus ; 4) Courte bibliographie (max. 5 références). Elles devront être adressées à Christelle Germain (christelle.germain@cnrs.fr), secrétaire de rédaction, et à Catherine Comet (catherine.comet@univ-lille.fr) au plus tard le 31 octobre 2021.
Elles feront l’objet d’un examen conjoint par les signataires de cet appel. La notification d’acceptation sera rendue au plus tard le 15 décembre 2021.

Les auteurs dont la proposition aura été retenue devront soumettre leur texte, dont la longueur ne dépassera pas 75 000 signes (espaces, bibliographie et figures compris), au plus tard le 1er avril 2022. Chaque article sera évalué indépendamment par les coordinateurs scientifiques du dossier et, de manière anonyme, par le comité de lecture de la Revue.



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